Comment parler de soi à n’importe qui

20h, début de soirée. L’heure des silences gênants et des questions en rafales : « C’est sympa ici, hein, tu viens souvent ? », « Tu fais quoi dans la vie ? », « Sinon, moi ce que j’aime… ». Trois minutes seulement au chrono, et déjà le visage décontracté qui vous faisait face se crispe. Ses yeux fuient en direction du bar. Encore raté !
Après tout, ce n’est pas une surprise : établir un premier contact et tenir une discussion avec vos congénères n’est définitivement pas votre truc, point barre.

Ok, vous n’êtes pas Luchini ou Edouard Baer. Et pourtant, des sujets, vous en avez à revendre. Si, si : pensez à tous ces thèmes qui vous décrivent et cernent vos passions. Parlez de soi, ce ne doit tout de même pas être si difficile ?

« C’est bien gentil, mais qui ça intéresse la dernière expo de mon plasticien japonais préféré ? J’ai dévoré toutes ses biographies, je ne déconnecte jamais de son compte Insta… Sauf que dans la vraie vie, personne ne le connait ! » Ne paniquez pas. Pour commencer, félicitations, vous êtes cultivé. Vous passez donc du temps à vous documenter sur les lieux que vous fréquentez, les coutumes des pays que vous visitez, et en prime vous sortez très souvent de chez vous. Tout cela va servir. Il faudra juste adopter un ton différent.

Car l’approche qui permet aux autres – vous savez, ceux que vous rangez dans la catégorie des gens « à l’aise en société » – d’engager rapidement et facilement la conversation avec de parfaits inconnus tient en un mot : LEGERETE.

Être léger, c’est avant tout respecter le rythme naturel d’une conversation et apprendre à bien amorcer la relation qui n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Le secret est d’y aller en douceur, par étapes.

Allez, on lève un coin du mystère avec cinq conseils à appliquer d’urgence, histoire de ne plus jamais être à court:

  1. Arrêtez d’assener comme un coup de massue vos connaissances et centres d’intérêts à votre interlocuteur. Personne n’aime être assommé.
  2. Listez (au calme chez vous, pas devant le buffet) au moins cinq activités auxquelles vous aimez consacrer du temps, aussi farfelues soient-elles.
  3. Cherchez les raisons qui expliquent l’attachement que vous portez à ces passions. Qu’est-ce qu’elles vous apportent ? Quel est leur plus grand intérêt
  4. Exercez-vous à en parler : comment vous avez commencé, pourquoi c’est amusant, épanouissant etc.
  5. N’évoquez JAMAIS le côté technique de votre centre d’intérêt. Il ne captera l’attention d’aucun public, excepté de ceux qui en partagent déjà l’attrait.

La conversation légère permet de faire glisser dans votre univers la fille ou le garçon qui se trouve face à vous, sans jamais perdre de vue qu’il ou elle reste un parfait débutant, un étranger dans le petit monde de votre sphère perso. Une fois maîtrisée, cette attitude vous immunisera à tout jamais contre le syndrome du « geek » qui n’est admis et apprécié que par d’autres geeks, calqués sur le même modèle.

Dans la pratique, c’est assez simple : il suffit d’observer ceux qui savent capter l’attention. Quel est leur secret ? Pour amorcer la discussion, ils abaissent le niveau de profondeur des thèmes abordés. Il s’agit de manier des sujets qui vous apparaîtront au premier coup d’oeil d’une banalité déconcertante.

Car oui, bien sûr, on le sait bien, vous n’êtes pas « du genre superficiel » et vous détestez les conversations stériles où l’on parle « de tout et de rien ». Mais il faut bien commencer par quelque chose. Établir une connexion. Il s’agit d’apparaître détendu et facilement abordable. Croyez-moi, c’est une compétence très recherchée et peu commune. Alors, un peu de patience, vous aurez tout le temps nécessaire de prouver par la suite à votre nouveau pote, ou future conquête l’étendue vertigineuse de votre culture.

Quoi, vous n’avez pas de culture, ni aucun centre d’intérêt (what ??)… Débranchez immédiatement votre tablette/ordi/smartphone et sortez de chez vous dans les dix minutes ! Je sais c’est pénible, il fait froid dehors. Mais c’est là que se passe la vraie vie et que les autres nourrissent et étendent leurs propres expériences sans aprioris, ni craintes excessives.
Vous voyez de qui je veux parler ?
Ceux qui auront des tonnes de choses passionnantes à raconter à votre prochaine soirée du samedi…

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